Jeudi 30 avril 2009
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15:00
Ce festival qui a lieu une fois par an au cours de la pleine lune de
février/mars, pourrait bien s’apparenter à un carnaval, mais l’Inde est multiple et ne se contente pas d’appellations aussi simples et rationnelles, Holi représente donc forcément plus que cela,
mais quoi exactement ? juste la commémoration de l’arrivée du printemps par des jets de couleurs, une fête religieuse évoquant l’histoire d’amour entre Krishna et Rhâda, la célébration de la
fertilité et de la fécondité, le culte du Dieu Kâma, une transgression de l’interdit, un dépassement de soi ? Holi, c’est tout cela à la fois, abondamment saupoudré de couleurs et très
généreusement arrosé.
Dans la région de Vrindavan et Mathura - lieu supposé de naissance de Krishna -, les festivités durent plus d’une semaine, le dernier jour reste le plus débridé et l’affluence est à son
comble.
Les jets d’eau que nous avons régulièrement essuyés, au passage de
notre rickshaw sur le trajet entre les deux villes, laissaient déjà présager de l’intensité de cette dernière journée.
Arrivés à Vrindavan, nous avons suivi la foule qui s’amassait dans la
rue principale et se dirigeait vers le temple Bankey Bihari situé au centre du village. Tout en remontant la rue, les hommes et les enfants nous couvraient le visage de poudres colorées, tandis
que d’autres nous lançaient des gerbes de couleurs par poignées, tout en clamant réjouis «Radhe,
Radhe ! » (Tu es le bienvenu). Une centaine de mètres plus haut, la ruelle perpendiculaire qui menait au temple débordait de
monde, nous sommes restés immobilisés là une quinzaine de minutes, peut-être bien plus, le temps s’était arrêté au milieu de ce chaos où les corps se mêlaient et les visages colorés nous
renvoyaient au cœur de la mythologie, nous étions nez à nez avec cette Inde mystique et bouillonnante, ivre de vie et profondément généreuse. Un déluge de couleurs et d’eau s’abattait sur nous.
L’exaltation était à son comble. L’accès au temple a été une véritable expédition, mais le spectacle qui s’offrait à nous une fois à l’intérieur était saisissant. La salle se trouvait dans un
épais brouillard de poudres en suspension et le bruit des acclamations était continu ; tournée vers une scène où des personnages faisaient revivre les amours de Krishna et Rhâda, la foule
s’enflammait à chaque apparition des Dieux en scandant à nouveau « Radhe, Radhe », et les projections de poudres créaient une fresque
multicolore.
Nous sommes restés dans ce temple plusieurs heures, sans que notre
curiosité ne soit rassasiée, pour qu’au final cet inoubliable spectacle finisse par imprimer à tout jamais nos mémoires.
On a toujours ressenti tout au long de ces journées frénétiques
beaucoup d’amour et d’humanité. Holi, c’est avant tout un formidable élan de fraternité où les hommes s’unissent et effacent leurs querelles et leurs rancœurs, où les barrières sociales
disparaissent, c’est la victoire du bien sur le mal, où l’excès de bruit, le débordement des attitudes et la transgression conduisent à la spiritualité et à une paix intérieure.